Table of Contents
ToggleL'éjaculation féminine est un phénomène physiologique réel : décryptage scientifique
Mis à jour le 12/06/2026 par Anaïs Trémoulet
L'éjaculation féminine est l'un des sujets les plus tabous et les plus mal documentés de la santé intime féminine, alors que des études estiment qu'entre 10 et 54 % des femmes en font l'expérience au cours de leur vie (Jannini et al., 2012). Longtemps réduite à un mythe, voire confondue avec une incontinence urinaire, cette réalité physiologique mérite un regard éclairé, ancré dans les données disponibles — et c'est précisément ce que je vous propose ici.
Qu'est-ce que l'éjaculation féminine est exactement ?
L'éjaculation féminine est l'émission d'un liquide par l'urètre lors d'une stimulation sexuelle ou d'un orgasme, distincte de la lubrification vaginale classique. Ce phénomène, décrit dans la littérature médicale dès les années 1980, recouvre en réalité deux mécanismes que la recherche contemporaine distingue avec soin.
La première, appelée squirting, correspond à l'émission d'un liquide en grande quantité, composé principalement d'urine diluée provenant de la vessie. La seconde, l'éjaculation féminine à proprement parler, désigne l'émission d'une quantité plus réduite d'un liquide épais, légèrement blanchâtre, produit par les glandes de Skene — parfois désignées sous le nom de « prostate féminine ».
Les glandes de Skene : l'anatomie derrière le phénomène
Les glandes de Skene sont situées de part et d'autre du méat urétral. Elles produisent un liquide contenant du PSA (antigène prostatique spécifique), une enzyme habituellement associée à la prostate masculine. Cette similarité biochimique a conduit des anatomistes à les reconnaître officiellement sous le nom de prostate féminine, une désignation adoptée par la Terminologia Anatomica dès 2001.
Toutes les femmes ne présentent pas ces glandes de façon identique : leur taille, leur nombre de canaux et leur développement varient d'une personne à l'autre, ce qui pourrait expliquer pourquoi l'expérience n'est pas universelle.
Ce que dit la recherche : Dans une étude de référence, Wimpissinger et al. (2007) ont analysé le liquide produit lors de l'éjaculation féminine chez deux participantes et ont confirmé la présence de PSA, de fructose et d'autres marqueurs biochimiques distincts de l'urine, consolidant l'hypothèse d'une sécrétion glandulaire spécifique. (Niveau de preuve : faible, étude de cas, n=2)
Comment se produit l'éjaculation féminine ?
L'éjaculation féminine se produit lors d'une stimulation sexuelle intense, fréquemment associée à la zone G, localisée sur la paroi antérieure du vagin. La réponse physiologique implique une accumulation de liquide dans les glandes de Skene, puis son expulsion au moment du pic d'excitation ou de l'orgasme.
Les mécanismes impliqués, étape par étape
- Stimulation de la zone G : zone de sensibilité accrue sur la paroi vaginale antérieure, à 5–7 cm de l'entrée vaginale, en lien anatomique étroit avec l'urètre et les glandes de Skene
- Engorgement des tissus érectiles : la stimulation entraîne une congestion des tissus entourant l'urètre
- Activation des glandes de Skene : les glandes sécrètent leur contenu en réponse à cette stimulation localisée
- Expulsion du liquide : le liquide est évacué via les canaux des glandes de Skene, s'ouvrant de chaque côté du méat urétral
Selon le Dr Samuel Salama, gynécologue à l'Hôpital Privé de Parly II et co-auteur de cette étude : "Notre travail montre que le squirting est essentiellement un phénomène urinaire, mais cela ne diminue en rien son caractère sexuel ou sa légitimité en tant qu'expérience féminine."
L'éjaculation féminine est-elle universelle ?
L'éjaculation féminine est un phénomène variable : toutes les femmes ne le vivent pas, et son absence n'est en rien un indicateur de santé ou de satisfaction sexuelle. Les chiffres disponibles illustrent bien cette grande variabilité selon les études.
| Étude | Population | Prévalence rapportée |
|---|---|---|
| Pastor (2013) | Femmes, n=200 | 54 % déclarent avoir vécu une éjaculation |
| Jannini et al. (2012) | Revue de littérature | 10 à 54 % selon les définitions retenues |
| Salama et al. (2015) | Femmes volontaires, n=7 | Squirting observé chez 100 % en laboratoire |
| Wimpissinger et al. (2007) | Femmes, n=2 | Présence de PSA confirmée par analyse biochimique |
Ce qui est établi : l'absence d'éjaculation féminine n'est pas un dysfonctionnement, et sa présence n'est pas un critère de « bonne » sexualité. Chaque corps fonctionne différemment, et c'est une donnée qu'il est important d'intégrer pour aborder sa santé intime sans jugement.
Dans mon propre parcours — marqué par des années à chercher des informations fiables sur le fonctionnement de mon corps —, j'ai réalisé à quel point ces sujets restent non enseignés, y compris par les professionnel·les de santé. L'éjaculation féminine est un exemple parmi d'autres de ces angles morts de la médecine féminine.
Pourquoi l'éjaculation féminine est encore entourée de tabous ?
L'éjaculation féminine est mal connue en grande partie parce que la recherche sur la sexualité féminine reste historiquement sous-financée et sous-représentée dans la littérature scientifique. Ce constat documenté a des conséquences directes sur la qualité de l'information disponible pour les femmes.
Une invisibilité anatomique et culturelle
Pendant des siècles, la physiologie féminine a été décrite en miroir de la physiologie masculine, ou simplement ignorée. Le clitoris dans son intégralité, par exemple, n'a été correctement cartographié en 3D qu'en 2009 (O'Connell et al.). Les glandes de Skene, pourtant décrites dès le XVIIe siècle par le médecin néerlandais Reinier de Graaf, ont longtemps été absentes des manuels d'anatomie courants.
Résultat : de nombreuses femmes qui vivent une éjaculation féminine pensent avoir une incontinence urinaire, éprouvent de la honte, et n'abordent jamais le sujet avec leur médecin. Cette confusion entre phénomène sexuel et symptôme pathologique est en elle-même un problème de santé publique.
Un impact réel sur le vécu intime
Des études qualitatives montrent que les femmes qui rapportent une éjaculation féminine expriment souvent de l'embarras avant d'être correctement informées, puis un sentiment de normalisation et de libération après l'accès à des données fiables. Pour approfondir la façon dont le contexte hormonal influence votre réponse sexuelle au fil du cycle, vous pouvez lire notre article sur le désir sexuel féminin et les phases hormonales du cycle.
L'éjaculation féminine est-elle liée aux hormones ?
L'éjaculation féminine est probablement influencée par le contexte hormonal, même si cette relation n'est pas encore pleinement documentée. Le fonctionnement des glandes de Skene, à l'image de celui de la prostate masculine, semble sensible aux androgènes — notamment à la testostérone.
Androgènes, glandes de Skene et cycle menstruel
La production de PSA par les glandes de Skene est androgéno-dépendante, comme c'est le cas pour la prostate. Des taux de testostérone bas — observables en périménopause, avec certaines pilules contraceptives à effet anti-androgénique, ou lors d'un syndrome des ovaires polykystiques hypoandrогène — pourraient théoriquement affecter l'activité de ces glandes, bien que les recherches spécifiques sur ce point restent encore peu nombreuses.
Par ailleurs, les fluctuations hormonales au cours du cycle menstruel influencent la sensibilité vaginale et urétrale. La phase ovulatoire, caractérisée par un pic conjoint d'œstrogènes et de testostérone, coïncide souvent avec une augmentation du désir et de la réactivité sexuelle — ce qui pourrait indirectement favoriser l'expérience de l'éjaculation féminine chez les femmes qui la vivent.
Ce que dit la recherche : Une revue de Jannini et al. (2012) publiée dans The Journal of Sexual Medicine souligne que la zone G et les glandes de Skene constituent un complexe anatomique fonctionnel, dont l'activité serait potentiellement modulée par le contexte hormonal général. Ce champ de recherche reste largement ouvert, et les auteurs appellent à des études longitudinales. (Niveau de preuve : modéré, revue narrative)Pour comprendre comment votre équilibre hormonal agit concrètement sur votre santé intime au quotidien, je vous invite à consulter notre dossier sur l'équilibre hormonal et la santé sexuelle féminine.
Ce que cela signifie concrètement pour vous
Si vous observez des changements dans votre réponse sexuelle — y compris en lien avec l'éjaculation féminine — à des moments précis de votre cycle, lors d'un changement de contraception ou à l'approche de la ménopause, cela vaut la peine d'être noté et, si besoin, discuté avec un professionnel de santé. Ces variations peuvent être informationnelles sur votre équilibre hormonal global.
Quand consulter un médecin ou une gynécologue ?
Quand consulter Consultez votre médecin ou gynécologue si :L'éjaculation féminine est un phénomène physiologique normal pour les femmes qui le vivent. Elle ne nécessite pas de consultation en soi. En revanche, elle ne doit pas être confondue avec une incontinence urinaire — un symptôme distinct qui, lui, mérite une évaluation clinique et peut bénéficier de traitements efficaces (rééducation périnéale, traitement médicamenteux ou chirurgical selon les cas).Cet article est informatif. Votre situation personnelle nécessite un avis médical individualisé.
- Vous ressentez une douleur, une brûlure ou une irritation lors de l'émission de liquide
- Vous observez des fuites urinaires hors de tout contexte sexuel (effort, toux, urgences)
- Vous peinez à distinguer une éjaculation féminine d'une incontinence urinaire
- Des modifications récentes et inexpliquées de votre réponse sexuelle vous inquiètent
- Vous souhaitez explorer le lien entre vos hormones et votre santé sexuelle
La distinction clinique repose sur l'anamnèse, parfois sur une analyse du liquide, et peut impliquer un(e) urogynécologue ou un(e) gynécologue spécialisé(e) en santé sexuelle. Des ressources scientifiques accessibles en libre accès, comme celles disponibles sur PubMed (NIH), permettent de retrouver les études citées dans cet article pour approfondir vos lectures.
Ne restez pas seule avec vos questions : votre corps mérite des réponses claires.
Questions fréquentes
Q : L'éjaculation féminine est-elle la même chose que le squirting ?
R : Non. L'éjaculation féminine désigne l'émission d'un liquide produit par les glandes de Skene, en petite quantité, contenant du PSA. Le squirting correspond à l'émission d'un liquide plus abondant, provenant principalement de la vessie et composé majoritairement d'urine diluée. Les deux peuvent coexister, mais sont physiologiquement distincts.
Q : Est-ce que toutes les femmes peuvent avoir une éjaculation féminine ?
R : Non, et c'est parfaitement normal. La capacité d'éjaculation féminine dépend notamment du développement des glandes de Skene, qui varie d'une femme à l'autre. L'absence de ce phénomène n'est associée à aucun dysfonctionnement sexuel ou hormonal connu.
Q : L'éjaculation féminine est-elle de l'urine ?
R : Pas exactement. Le liquide issu de l'éjaculation féminine stricte contient du PSA et des marqueurs biochimiques distincts de l'urine. Le squirting, en revanche, est majoritairement composé d'urine diluée selon les données disponibles (Salama et al., 2015).
Q : L'éjaculation féminine peut-elle changer avec l'âge ou les hormones ?
R : Potentiellement oui. Les glandes de Skene sont androgéno-dépendantes, et des modifications hormonales liées à l'âge, à la ménopause ou à certaines contraceptions pourraient affecter leur activité. La recherche sur ce point est encore en cours.
Q : Dois-je en parler à ma gynécologue ?
R : Seulement si cela vous préoccupe, si vous ressentez des symptômes gênants, ou si vous souhaitez mieux comprendre votre santé sexuelle. L'éjaculation féminine est normale et ne nécessite pas de consultation en soi, mais votre gynécologue reste la meilleure interlocutrice pour toute question sur votre santé intime.
Q : Où trouver des sources fiables sur ce sujet ?
R : Les études de Salama et al. (2015) et de Jannini et al. (2012), publiées dans The Journal of Sexual Medicine, sont accessibles via PubMed. Méfiez-vous des sources non médicales ou sensationnalistes — la qualité de l'information sur ce sujet est très variable.
Anaïs Trémoulet — Rédactrice santé féminine. Après un diagnostic tardif d'endométriose, Anaïs s'est formée à la santé féminine intégrative pour offrir une information rigoureuse, accessible et véritablement utile aux femmes qui cherchent à mieux comprendre leur corps.