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ToggleÉjaculation féminine : ce que la science sait (et ce qu'elle ignore encore)
Mis à jour le 20/06/2026 par Anaïs Trémoulet
L'éjaculation féminine est l'un des phénomènes les plus mal compris de la physiologie sexuelle — et l'un des plus chargés de tabous, de mythes et de désinformation. Selon une revue publiée dans le Journal of Sexual Medicine, entre 10 % et 54 % des femmes rapportent avoir déjà vécu ce phénomène, une fourchette qui trahit à elle seule l'absence de consensus scientifique sur la question. Dans mon parcours autour de la santé féminine, j'ai souvent rencontré des personnes qui doutaient de leur propre corps — soit parce qu'elles avaient vécu quelque chose qu'elles ne comprenaient pas, soit parce qu'on leur avait dit que ça n'existait pas. Cet article a pour but de faire le point avec vous, sérieusement et sans sensationnalisme.
Qu'est-ce que l'éjaculation féminine, exactement ?
L'éjaculation féminine désigne l'expulsion de liquide par l'urètre lors d'une stimulation sexuelle ou d'un orgasme, un phénomène physiologiquement distinct de la lubrification vaginale classique. Ce n'est pas un mythe, ni une construction culturelle : la communauté scientifique reconnaît son existence depuis les travaux pionniers de Beverly Whipple et John D. Perry dans les années 1980, qui ont également popularisé la notion de "point G".
Ce qui complique la définition, c'est que le terme "éjaculation féminine" recouvre en réalité au moins deux phénomènes différents, que la recherche actuelle tente de distinguer plus rigoureusement :
- L'éjaculation féminine au sens strict : quelques millilitres d'un liquide blanchâtre, épais, produit par les glandes de Skene (aussi appelées glandes paraur étrales).
- Le squirting (ou "coïting") : l'expulsion d'un volume plus important de liquide clair ou translucide, principalement composé d'urine diluée.
Ce que dit la recherche (niveau de preuve : modéré) La distinction entre éjaculation féminine et squirting a été clairement établie par Salama et al. (2015) dans une étude publiée dans le Journal of Sexual Medicine. Les auteurs ont analysé le liquide émis lors des deux phénomènes et confirmé des compositions biochimiques différentes.---
Quelle est l'anatomie impliquée ?
L'anatomie centrale de l'éjaculation féminine est celle des glandes de Skene, des structures situées de part et d'autre de l'orifice urétral. Ces glandes sont considérées comme l'homologue féminin de la prostate masculine — à tel point que certains chercheurs parlent de "prostate féminine" ou de "prostate de la femme".
Les glandes de Skene produisent du PSA (antigène prostatique spécifique), une enzyme normalement associée à la prostate masculine. Cette découverte, confirmée par plusieurs études, a renforcé l'hypothèse d'une homologie anatomique entre les deux organes. Selon Zaviacic et Whipple (1993), la présence de PSA dans le liquide éjaculatoire féminin est l'un des marqueurs biochimiques les plus fiables pour distinguer l'éjaculation féminine stricte d'une simple fuite urinaire.
L'anatomie impliquée inclut également :
| Structure | Rôle dans l'éjaculation féminine |
|---|---|
| Glandes de Skene | Production du liquide éjaculatoire (PSA, fructose) |
| Urètre | Canal d'expulsion du liquide |
| Zone érogène antérieure (anciennement "point G") | Zone de stimulation déclenchante |
| Clitoris (racines internes) | Implication dans la réponse érectile et vasculaire |
| Vessie | Source principale du liquide lors du squirting |
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Ce que dit la recherche : deux phénomènes distincts
La science distingue aujourd'hui clairement squirting et éjaculation féminine au sens strict, même si les deux peuvent survenir simultanément. L'étude de référence est celle de Salama et al. (2015), menée sur sept femmes déclarant vivre un squirting abondant. Les chercheurs ont utilisé l'échographie vésicale pour suivre l'état de la vessie avant, pendant et après la stimulation sexuelle.
Résultats clés de cette étude :
- Avant la stimulation : la vessie était vide chez toutes les participantes.
- Après stimulation, juste avant l'expulsion : la vessie apparaissait pleine.
- Après l'expulsion : la vessie était à nouveau vide.
Dr. Samuel Salama, gynécologue obstétricien à l'hôpital Parly II (Le Chesnay), résume ainsi : "Le squirting est en grande partie une forme d'incontinence urinaire coïtale, mais le fait qu'il soit associé à une stimulation sexuelle intense et à un plaisir subjectif le distingue d'une fuite urinaire ordinaire."
Selon une méta-analyse de Pastor et Chmel (2018), environ 10 à 15 % des femmes décrivent une éjaculation féminine stricte (liquide blanchâtre, faible volume), tandis que la prévalence du squirting serait plus difficile à évaluer en raison de biais de sélection dans les études disponibles.
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Comment se produit l'éjaculation féminine ?
L'éjaculation féminine se produit lors d'une stimulation sexuelle suffisamment intense et prolongée de la zone érogène antérieure, souvent combinée à une stimulation clitoridienne. La réponse n'est pas universelle et dépend de facteurs anatomiques individuels, notamment de la taille et de l'activité sécrétoire des glandes de Skene, qui varient considérablement d'une personne à l'autre.
Le mécanisme supposé, bien qu'encore partiellement élucidé, implique :
- La vasodilatation des tissus éréctiles entourant l'urètre et le vagin antérieur.
- L'engorgement des glandes de Skene, qui produisent activement du liquide durant la phase d'excitation.
- Une contraction musculaire au moment de l'orgasme (ou juste avant) qui expulse ce liquide via l'urètre.
Il est important de noter que l'éjaculation féminine n'est pas systématiquement liée à l'orgasme : certaines personnes éjaculent sans orgasme, d'autres ont des orgasmes sans éjaculation. Les deux phénomènes sont physiologiquement distincts, même s'ils surviennent souvent ensemble.
Pour approfondir les mécanismes hormonaux qui influencent la réponse sexuelle, vous pouvez lire notre article sur l'influence des hormones sur la libido féminine au fil du cycle.
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Pourquoi tant de confusion avec l'incontinence urinaire ?
La confusion entre éjaculation féminine et incontinence urinaire d'effort ou de vessie hyperactive est très fréquente — et elle a des conséquences réelles sur la façon dont les femmes perçoivent leur corps. Beaucoup de personnes qui vivent un squirting se sont déjà entendu dire par un médecin qu'elles souffraient d'incontinence, ce qui n'est pas totalement faux sur le plan biochimique, mais ignore totalement le contexte de la réponse sexuelle.
Les critères permettant de distinguer les deux :
- Contexte : l'éjaculation féminine/squirting survient uniquement dans un contexte de stimulation sexuelle intense ; l'incontinence survient lors d'efforts physiques (toux, éternuement) ou de façon imprévisible.
- Volume et fréquence : une incontinence à l'effort produit de petites quantités de manière involontaire et non liée à l'excitation.
- Vécu subjectif : l'éjaculation féminine est généralement accompagnée d'une sensation de plaisir intense ; l'incontinence est vécue comme inconfortable ou gênante.
Source de référence : Pour une définition institutionnelle de l'incontinence urinaire féminine, consultez la fiche de l'Assurance Maladie (Ameli.fr).---
L'éjaculation féminine est-elle universelle ?
Non, l'éjaculation féminine n'est pas universelle — et l'absence de ce phénomène n'indique aucun dysfonctionnement, aucun manque de plaisir, et aucune anomalie physiologique. Il s'agit d'une variation anatomique et fonctionnelle normale entre les individus.
Plusieurs facteurs semblent influencer la probabilité de vivre une éjaculation féminine :
- La taille et l'activité des glandes de Skene : certaines personnes ont des glandes de Skene très peu développées, voire absentes dans certaines descriptions anatomiques.
- L'expérience et la connaissance de son corps : la familiarité avec sa propre réponse sexuelle joue un rôle non négligeable.
- Le niveau de détente musculaire : une tension excessive du plancher pelvien peut inhiber la réponse éjaculatoire.
- L'anxiété de performance : la pression de "devoir éjaculer" est précisément ce qui empêche souvent le phénomène de se produire.
Il est également important de rappeler que la pornographie a largement instrumentalisé et souvent exagéré la représentation du squirting, créant des attentes irréalistes et parfois source d'anxiété. Dans mon parcours de rédactrice santé, j'ai reçu plusieurs témoignages de lectrices qui s'étaient longtemps senties "anormales" de ne pas le vivre — ou au contraire, gênées de le vivre. Les deux positionnements méritent le même accueil bienveillant.
Pour comprendre comment votre cycle menstruel influence votre désir et votre réponse sexuelle, je vous invite à lire notre guide sur les phases hormonales et leur impact sur la sexualité.
Encart : Quand consulter Consultez votre gynécologue ou médecin si : vous ressentez une gêne, une douleur ou une brûlure associée à l'expulsion de liquide pendant les rapports ; vous observez une odeur inhabituelle ou une coloration du liquide ; vous ne parvenez pas à distinguer ce phénomène d'une incontinence urinaire qui survient également hors contexte sexuel ; ou si ce phénomène vous cause une détresse psychologique significative. Un bilan urodynamique peut être proposé pour objectiver la situation.
Cet article est informatif. Votre situation personnelle nécessite un avis médical.---
Questions fréquentes
Q : L'éjaculation féminine, c'est vraiment de l'urine ? R : En partie, selon le phénomène concerné. Le squirting (expulsion abondante) contient principalement de l'urine diluée, tandis que l'éjaculation féminine stricte est un liquide produit par les glandes de Skene, riche en PSA et en fructose, distinct de l'urine. Les deux peuvent se produire simultanément (Salama et al., 2015).
Q : Est-ce que toutes les femmes peuvent éjaculer ? R : Non. La capacité à éjaculer dépend notamment de la taille et de l'activité des glandes de Skene, qui varient anatomiquement d'une personne à l'autre. L'absence d'éjaculation féminine n'indique aucun problème de santé ni aucun manque de plaisir.
Q : Est-il possible d'apprendre à éjaculer ? R : Il n'existe pas de méthode validée scientifiquement pour "apprendre" à éjaculer. Certaines pratiques (relaxation du plancher pelvien, meilleure connaissance de sa zone érogène antérieure) semblent favoriser le phénomène chez des femmes qui le vivent déjà, mais il ne faut pas en faire un objectif de performance.
Q : Le squirting peut-il être signe d'un problème de santé ? R : Dans la grande majorité des cas, non. Si le phénomène est exclusivement lié à la stimulation sexuelle et ne s'accompagne pas de douleur ni de symptômes urinaires en dehors des rapports, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. En revanche, si vous observez des fuites urinaires hors contexte sexuel, une consultation s'impose.
Q : Les hormones influencent-elles l'éjaculation féminine ? R : Potentiellement oui. Les variations hormonales liées au cycle menstruel, à la grossesse ou à la ménopause peuvent modifier la lubrification, la sensibilité et la réponse sexuelle en général — et donc indirectement l'éjaculation féminine. La recherche spécifique sur ce lien reste limitée.
Q : Comment différencier squirting et incontinence urinaire ? R : Le critère principal est le contexte : le squirting survient uniquement lors d'une stimulation sexuelle intense et s'accompagne d'une sensation de plaisir. L'incontinence urinaire survient lors d'efforts (toux, sport) ou de façon imprévisible. En cas de doute, parlez-en à votre médecin ou gynécologue.
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Anaïs Trémoulet — Rédactrice santé féminine à Toulouse, spécialisée en santé hormonale et cycle menstruel, elle écrit pour equilibre-hormonal.fr depuis son diagnostic tardif d'endométriose qui l'a amenée à explorer la littérature scientifique en gynécologie.
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